Question :

A quoi sert le Ministre de la culture ? Quel doit être le rôle de l’Etat en matière culturelle ? Quelles sont les priorités en matières culturelles ?

Réponse :

Sans intervention publique, du ministère concerné, des ministères de l’Education Nationale, des Affaires étrangères, de la politique de la ville.. et des autres collectivités publiques, il n’y aurait qu’une intervention privée, celle des industries culturelles. A la Libération, personne ne se serait posé cette question, les arts et la culture étant considérées comme indispensables à l’épanouissement de chacun et à la cohésion de notre société, l’Etat ayant la responsabilité de permettre l’accès de tous aux arts. Aujourd’hui, deux conceptions s’affrontent. L’une considère la culture comme une accumulation de biens à consommer. L’action publique n’est justifiée que pour intervenir dans la régulation de l’accès aux biens. L’autre insiste sur la culture comme activité humaine, inventant le monde et la cité, construisant des utopies individuelles et collectives pour les représenter. Dans ce cas, l’art est résistance et construction. Gilles Deleuze le formule ainsi : « le but de l’art, inventer le peuple qui nous manque ». Sarkozy propose de dissoudre le ministère de la culture dans un grand ministère avec l’Education Nationale et la Communication et consacrer les fonds publics nationaux à l’excellence artistique.

Cette proposition part du principe que la télé et les grands médias permettent à toutes et tous d’accéder aux œuvres. Mais le choix se fait à coup d’audimat en recherchant ce qui permet de vendre des produits via la télé. On décide à la place des personnes ce qui est bien en disant qu’on touche « le grand public » mais cette notion de grand public gomme la diversité, elle est commerciale, et l’ensemble de nos concitoyen-ne-s ne s’y retrouve pas. Un livre reste en moyenne 8 jours dans la vitrine d’une librairie, certains films sont retirés des salles avant huit jours !

Les évolutions technologiques rendent de plus en plus complexe le contrôle de la diffusion des œuvres. L’Etat doit intervenir en amont en aidant à la création et dans la diffusion pour aider tout ce qui permet de faciliter l’accès aux œuvres tout en rémunérant les auteurs et les interprètes. Et faciliter l’accès aux œuvres, au partage des démarches de création c’est aussi redonner des moyens aux associations d’éducation populaire. Je suis pour installer un ministère de l’Education populaire.

Les industries culturelles, dispensent un service uniquement dans le cadre de la rentabilité financière. Virgin Mégastore, par exemple, donne la consigne à ses ingénieurs marketing de trouver les 20 % de produits qui vont satisfaire 80 % de la demande. Et sans aide publique à la création, il n’y aura que le marché au détriment de la diversité. Un gouvernement de gauche qui se respecterait, doit dire : on n’en a pas fini avec l’aide à la création. On ne peut pas compter sur le marché, on ne peut pas compter sur la diffusion telle qu’elle se fait aujourd’hui. Il y a besoin d’une aide publique importante pour la création et d’un soutien actif à tous les créateurs.

Pour moi, la plus grande faiblesse des programmes – hors celui que je défends - c’est cette idée qu’il est possible d’en rester à un budget de la culture représentant 1% du budget de l’Etat. Dans le projet de loi de finance 2007 nous y sommes ! Cela suffit-il au développement artistique et culturel dans notre pays ? Absolument pas. On ne peut regretter, comme certains candidats, que l’Europe ne consacre que 0,16% à la culture et considérer que le cadre actuel suffit plus ou moins.Nous pensons qu’il faut dépenser 1 % du PIB pour la culture. Et ce n’est pas dispendieux. Sur une mandature en 5 ans, cela veut dire que, en moyenne les budgets publics augmenteront de 10 %. Est-ce que c’est beaucoup pour un pays développé comme le nôtre ? Et si on ne fait pas cet effort alors on vend notre patrimoine artistique comme dans ces projets scandaleux du musée à Abou Dhabi avec des œuvres immobilisés jusqu’à trois ans dans des stations balnéaires. Le libéralisme et l’ultra libéralisme ne convainquent plus aujourd’hui. Il faut que cela serve pour des changements politiques dans notre pays, il faut que l’on dépasse ce capitalisme. A leur manière et sans qu’ils soient instrumentalisés en quoi que ce soit, les arts et la culture ont un rôle essentiel à jouer dans ce domaine parce qu’ils invitent chacune et chacun à l’invention, à la création.

Publié dans Télérama